Une dispute de
voisinage permet à la Cour de cassation de rappeler la portée de l’article 1370
du Code judiciaire (Cass. 10 mars 2005, rôle n°C040077F, www.cass.be).
Un
propriétaire avait longtemps toléré le passage de son voisin au travers de sa
propriété. Il faut croire que les parties se sont disputées car un jour, le
propriétaire clôture et prive son voisin de cette tolérance de passage.
Le voisin en
conçoit un vif courroux. Il défonce incontinent la clôture avec sa Jeep et
exige le rétablissement de la tolérance de passage en criant à la voie de fait.
Le
propriétaire cite alors son voisin pour se voir rétablir dans la possession de
l'intégralité de son bien et pour obtenir la condamnation du voisin à la remise
en état de la clôture.
Reconventionnellement,
le voisin demande la restauration de son
accès à la voie publique par la propriété en question, et invite le tribunal à
fixer les modalités d'exercice de la servitude de passage dont il se prétend
titulaire.
Le tribunal de
première instance de Marche-en-Famenne, statuant en
degré d'appel, donne gain de cause au voisin privé de passage.
Le tribunal
dit :
« qu'indépendamment de l'applicabilité
de l'article 1370 du Code judiciaire à la servitude de passage alléguée par (le
voisin), l'installation d'une clôture interrompant le libre accès jusque-là
paisible de la cour intérieure constitue indéniablement une voie de fait
commise par les (propriétaires) ;
Que c'est à raison que (le voisin) dénonce
cette voie de fait que les (propriétaires) ont eux-mêmes commise ; »
Sur cette
base, le tribunal rétablit le droit de passage.
Le
propriétaire ne l’entend pas de cette oreille.
Il forme un
pourvoi en cassation car il estime que le juge d’appel ne pouvait ainsi statuer
sans constater que c'est un droit de passage dont le voisin se prétend
titulaire.
En ce cas, le
juge ne pouvait accorder une protection à la possession de ce droit, sans
respecter les règles relatives à l’action possessoire (art. 1370 du Code judiciaire).
La Cour de
cassation lui donne raison.
La Cour
constate en effet qu’en demandant la protection d’un droit réel de passage, une
servitude en définitive, le voisin exerce en réalité l’action possessoire d’un
droit réel de l’article 1370 du Code judiciaire.
Or :
« Attendu que l'article 1370 du Code
judiciaire dispose que les actions possessoires ne peuvent être admises qu'à la
condition notamment qu'il s'agisse d'immeubles ou de droits immobiliers
susceptibles d'être acquis par la prescription ;
Que, suivant l'article 684 du Code civil,
aucune prescription ne peut être invoquée en matière de servitude légale de
passage, quelle que soit la durée d'existence du passage ; »
L’action en
protection de la servitude de passage n’est donc pas admise. Mais la Cour
relève :
« Attendu que, certes, les conditions
dans lesquelles il est mis fin à une tolérance telle que, comme en l'espèce, le
passage sur un fonds peuvent être fautives ; que le droit de clôturer son bien
est également, comme tout autre droit, susceptible d'abus ;
Que pareille faute ou pareil abus ne peuvent
cependant résider dans le seul fait pour une partie de mettre fin à une
tolérance de passage sur un bien dont elle justifie de la possession ou de
clôturer ce bien pour empêcher qu'il soit porté atteinte à cette possession ;
Qu'en considérant le contraire pour
autoriser le défendeur à accéder à la voie publique en passant sur le fonds des
demandeurs jusqu'à ce qu'il soit statué au pétitoire, les juges d'appel,
quoiqu'ils s'en soient défendus, ont accordé au défendeur une protection
possessoire à laquelle il ne pouvait prétendre en vertu des dispositions
légales précitées ; »
Reste donc à
voir si le voisin peut à présent exercer un recours en dommages et intérêts
pour rupture intempestive (sans préavis) d’une tolérance (et non d’un droit).
> La protection d’une tolérance de passage
22 juillet 2005, par virolle3
A la suite d’un démembrement de propriété. je me trouve dans la situation suivante. je possede une maison avec balcon sous lequel il y a des étables . mon frère possède une grange séparée de la maison par un passage qui ne m’apartient pas puisque la limite de propriété se situe au ras du balcon. j’ai toujours utisé ce passge pour accéder à mes étables . Mon frère vends sa grange est ce que ce pasage qui ne m’apartient pas peut devenir une servitude ? merci de me renseigner