Le juriste, le gestionnaire, etc.
sont souvent amenés à consulter les comptes annuels d'entreprises. Les capitaux
propres, qui figurent au passif du bilan et que l'on appelle aussi fonds
propres ou actif net, représente la "richesse comptable propre" de
l'entreprise.
Ils se subdivisent en plusieurs
rubriques, qu'il paraît important de bien comprendre.
Capital:
Sous réserve des primes
d'émission (infra), le capital
correspond au patrimoine affecté de manière quasi intangible aux besoins de
l'entreprise par ses associés.
Dans les sociétés à
responsabilité limitée (principalement les sociétés anonymes, les sociétés
privées à responsabilité limitée et les sociétés coopératives à responsabilité
limitée), les associés ne risquent que leurs apports, c'est-à-dire le patrimoine
qu'ils ont promis d'affecter à l'entreprise.
C'est pourquoi la loi règle de
manière pointilleuse les différentes manières dont le capital de ces sociétés
peut être constitué, augmenté, et, éventuellement, réduit.
L'on distingue le capital souscrit,
c'est-à-dire le capital que les associés ont promis d'apporter à la société, et
le capital non appelé, c'est-à-dire la partie du capital souscrit que l'organe
de gestion de la société n'a pas encore demandé aux associés de verser. Sous
déduction éventuellement du capital appelé, mais non encore versé (qui figurera
à l'actif: VII.B - autres créances), le capital tel
que mentionné en rubrique principale correspond aux apports effectifs des
associés, c'est-à-dire au capital libéré.
Le capital d'une société peut
correspondre à des apports en numéraire (c'est-à-dire des valeurs monétaires
ayant cours légal en Belgique) ou en nature (c'est-à-dire à tous autres biens
évaluables).
Primes d'émission:
Les primes d'émission constituent
un prolongement du capital, dont elles ne sont séparées que pour des raisons
qui tiennent généralement aux contraintes liées au respect de l'égalité entre
associés anciens et nouveaux lors d'une augmentation de capital.
Exemple: Je constitue une société
avec A, au capital de 1.000.000 EUR, chacun des deux fondateurs ayant versé en
numéraire 500.000 EUR et ayant reçu 500 actions d'une valeur nominale de 1000
EUR.
Quelques années plus tard, le
développement des affaires appelle une augmentation de capital, qui sera
souscrite et libérée par C.
Pour le calcul du prix d'émission
des actions à attribuer à C, il convient de tenir compte de la valeur actuelle
des actions anciennes, c'est-à-dire de leur valeur nominale (1000 EUR),
augmentée en fonction des bénéfices réservés existant dans la société, voire
des plus-values latentes sur l'actif.
Supposons qu'il existe à ce
moment des bénéfices réservés pour 500.000 EUR et une plus-value latente de
1.500.000 EUR correspondant à la valeur estimée de la clientèle constituée.
La valeur intrinsèque de chaque
action existante correspond alors à sa valeur nominale (1000 EUR), augmentée
d'une quote-part des bénéfices réservés (500 EUR par action) et des plus-values
latentes (1.500 EUR par action), soit au total 3000 EUR.
Si C apporte 1.500.000 EUR, il
est donc logique, sous réserve d'une décote destinée à l'inciter à préférer
placer ses fonds dans l'entreprise, de ne lui attribuer que 1.500.000 EUR/3000
EUR = 500 actions. La différence entre la valeur nominale des 500 actions qui
lui seront reconnues, soit 1000 EUR X 500 = 500.000 EUR, et son apport, soit
1.500.000 EUR (différence égale à 1.000.000 EUR) constituera une prime
d'émission des actions nouvelles.
Réserve légale:
La réserve légale correspond au
montant cumulé des bénéfices antérieurement réalisés par certaines sociétés
(dont les SA, SPRL et SCRL) que le droit des sociétés interdit de distribuer:
"L'assemblée générale fait annuellement, sur les bénéfices nets, un
prélèvement d'un vingtième au moins, affecté à la formation d'un fonds de réserve;
ce prélèvement cesse d'être obligatoire lorsque le fonds de réserve a atteint
le dixième du capital social." (art. 319, 428 et
616 du Code des sociétés).
Réserves indisponibles:
Les réserves indisponibles
correspondent à des bénéfices antérieurement réalisés par une société, et que
la loi ou les statuts soustraient à la libre disposition de l'assemblée
générale statuant à la majorité ordinaire (outre l'hypothèse de la réserve
légale).
Elles visent également les
réserves sur lesquelles les associés de certaines sociétés de personnes n'ont
aucun droit en cas de démission ou d'exclusion.
On songe par exemple à la réserve
que la loi oblige généralement à constituer lorsqu'une SA, une SPRL ou une SCA
rachète ses propres actions (articles 325, 623 et 657 du Code des sociétés).
On vise aussi les bénéfices
annuels que les statuts interdiraient de distribuer, aux fins de constituer un
fonds de prévoyance complémentaire à la réserve légale.
Réserves immunisées:
Sans entrer dans les détails
d'une législation fiscale complexe, les réserves immunisées correspondent le
plus souvent à des bénéfices antérieurement réalisés, que la loi fiscale permet
d'exonérer, définitivement ou temporairement, pour autant qu'ils ne soient pas
distribués.
Il s'agit principalement de
plus-values réalisées sur immobilisés, que le législateur a dotées d'un régime
fiscal favorable, pour autant que le prix de cession soit réinvesti par
l'entreprise.
Le cas échéant, une partie de ces
bénéfices sera néanmoins transféré sous les impôts différés.
Réserves disponibles:
Les réserves disponibles
correspondent aux bénéfices antérieurs, que l'assemblée générale a décidé de ne
pas distribuer, mais qu'elle pourrait dans le futur répartir, par une décision
à prendre à la majorité ordinaire.
Dans certaines sociétés de
personnes, les associés démissionnaires ou exclus possèdent un droit à obtenir
leur part des réserves disponibles.
Bénéfice reporté:
Le bénéfice reporté correspond au
solde des bénéfices antérieurs, qui n'a été ni distribué, ni porté sous quelque
poste des réserves.
Du fait de l'absence de décision
explicite de mise en réserve par l'assemblée générale, la loi permet que les
statuts des sociétés anonymes donnent la faculté au conseil d'administration de
distribuer le bénéfice reporté sous la forme de dividendes intérimaires, sans
passer par la convocation d'une assemblée générale (article 618 du Code des
sociétés).
Cette faculté laissée au conseil
d'administration constitue le seul intérêt pratique de la distinction entre les
réserves disponibles et le bénéfice reporté.
Perte reportée:
Le solde déficitaire du résultat
de l'exercice est porté dans cette rubrique, à moins qu'il ne soit pris en
charge par les associés ou déduit des réserves existant au terme de l'exercice
précédent.
Perte reportée et bénéfice
reporté sont toujours compensés. Il est fréquent que des sociétés choisissent
de "nettoyer" leur bilan de pertes reportées excessives, en procédant
à une réduction de capital ou à un prélèvement sur les primes d'émission permettant
de les apurer.
Plus-values de réévaluation:
Au-delà des apports des associés
et de l'autofinancement par non distribution des bénéfices antérieurs, les
moyens propres des entreprises peuvent encore s'accroître, au moins
nominalement, par l'augmentation de la valeur monétaire des éléments d'actifs.
Songeons par exemple à un terrain
qui aurait été acquis avant-guerre pour 10.000 BEF, et qui vaudrait aujourd'hui
100.000 EUR.
Sous des conditions strictes,
l'article 57 de l'A.R. du 30/1/2001 permet d'exprimer
en comptabilité certaines de ces plus-values latentes.
Distinguons nettement les
plus-values réalisées (non visées ici), les plus-values latentes (c'est-à-dire
ni réalisées ni exprimées), et les plus-values simplement exprimées. Seules ces
dernières entrent dans la notion de plus-values de réévaluation, qui sera
étudiée de manière plus détaillée infra.
Précisons cependant d'emblée que
la réévaluation des actifs réévaluables n'est jamais
obligatoire. Au contraire, le droit comptable tend à la décourager, compte tenu
du risque de manipulation de la part des dirigeants de l'entreprise qu'elle
implique.
Subsides en capital:
Cette rubrique correspond aux
subventions accordées par les pouvoirs publics aux entreprises, en vue de
contribuer au financement direct d'investissements en immobilisations.
Le montant à reprendre dans la
rubrique est réduit d'année en année par imputation au crédit du compte de
résultats. Cette imputation progressive en résultats est susceptible de générer
une taxation des subventions obtenues, laquelle est le cas échéant reflétée
dans les comptes annuels par transfert d'une partie du montant des subsides
dans la rubrique des impôts différés.