Le Moniteur Belge du 22 décembre 2009
publie l'arrêté du 3 décembre 2009 du Gouvernement wallon relatif à la
certification des bâtiments résidentiels existants.
La
directive européenne
C'est une directive 2002/91/CE du
Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2002 qui a introduit la notion
de performance énergétique des bâtiments.
Cette directive s'inscrit dans la
ligne des accords de Kyoto. La directive s'articule sur quatre axes :
-
une méthodologie commune de calcul de la performance
énergétique intégrée des bâtiments,
-
les normes minimales de performance énergétique des
bâtiments neufs et des bâtiments existants lorsqu'ils font l'objet de travaux
de rénovations importants,
-
la certification pour les bâtiments neufs et existants
et, dans les bâtiments publics, l'affichage de certificats de performance
énergétique.
-
Et, mais cela sort de notre sujet, le contrôle
régulier des chaudières et des climatisations dans les bâtiments ainsi que
l'évaluation des installations de chauffage de plus de 15 ans.
La méthodologie commune de calcul est
censée intégrer les éléments déterminant l'efficacité énergétique des bâtiments,
et plus seulement la qualité de son isolation.
Qu'est ce que la performance
énergétique d'un bâtiment ? C'est la quantité d'énergie effectivement
consommée ou estimée pour répondre aux différents besoins liés à une
utilisation standardisée du bâtiment.
Cela concerne le chauffage, l'eau
chaude, la ventilation, l'éclairage, etc.
Le
certificat P.E.B. pour les bâtiments existant
Pour les bâtiments existant, on
connait le principe : tout bâtiment qui sera vendu, ou attribué à un
nouveau locataire doit être certifié quant à ses qualités énergétiques.
Cette certification est matérialisée
par un certificat de performance énergétique ou P.E.B., reprenant le résultat
du calcul de l'efficience énergétique totale du bâtiment.
Ce certificat a une durée de 10 ans et
contient les valeurs de référence qui permettent l'évaluation de la performance
énergétique du bâtiment.
Il contient aussi les recommandations
qui visent l'amélioration de la performance énergétique.
Le certificat doit être établi par un
certificateur agréé ; Il est le résultat, exclusivement, de l'application
d'un logiciel mis à disposition par l'administration.
L'intérêt du certificat est de
permettre au futur locataire ou à l'acquéreur de mieux déterminer le coût
énergétique d'un bâtiment et ainsi de comparer ce coût avec celui d'autres
biens.
En offrant cette possibilité de
comparaison, le certificat de performance énergétique apporte plus de
transparence au marché de l'immobilier. Il joue un rôle déterminant dans
l'appréciation de la valeur d'un bien.
Le
décret wallon
C'est un décret wallon du 19 avril
2007 qui transpose la directive dans le CWATUP en insérant les 237/1 à 237/39.
Cette règlementation s'appuie sur deux
volets :
-
Tout
bâtiment neuf (à construire) doit être bâti en respectant les exigences
de performance énergétique. Il en va de même de tout bâtiment existant de plus
de 1.000 m² qui fait l'objet de travaux importants.
-
Tout
bâtiment existant doit faire l'objet d'un certificat de performance
énergétique à l'occasion de la location ou de la vente. C'est ce volet quui
nous intéresse ici.
Le décret wallon du 19 avril 2007 dispose
qu'un arrêté du Gouvernement décidera l'entrée en vigueur de ce régime.
C'est chose faite par l'arrêté du
Gouvernement du 3 décembre 2009, pour ce qui concerne les bâtiments existants.
La principale disposition visée est l'article
237/2, § 1, al. 2 et 3 et § 3, du CWATUP. C'est une disposition très importante
qui peut être présentée comme suit :
-
Lors
de l'établissement d'un acte qui confère un droit personnel de jouissance, et
-
Lors
de l'établissement de tout acte déclaratif, translatif ou constitutif d'un
droit réel,
Le propriétaire ou le titulaire de
droit réel est tenu de faire réaliser le certificat et de disposer du
certificat P.E.B.
Ce certificat doit être remis au
locataire sur simple demande. Quoique le décret ne le dise pas expressément, le
vendeur doit remettre le certificat à l'acquéreur (art. 7.1 de la directive).
Les
notions du décret
Qu'est-ce qu'un droit personnel de
jouissance ? Un bail résidentiel, de bureau ou commercial, et même un bail
à ferme ou un leasing immobilier.
Un droit d'occupation précaire est-il
un droit personnel de jouissance ? Nous ne pensons pas car l'article 7.1
de la directive ne parle que de location et un droit précaire ne présente pas
la même consistance juridique qu'une
location.
Qu'est ce qu'un acte déclaratif,
translatif ou constitutif de droit réel ? Une vente et une donation d'immeuble
ainsi que la constitution ou la cession d'un droit d'usufruit, d'emphytéose ou
de superficie.
La loi ne vise pas expressément l'acte
éteignant un tel droit mais une convention de résiliation est un acte
translatif de droit réel.
De même l'article 237/28 exclut l'hypothèque
et les actes involontaires ainsi que les actes de partage pour sortir d'une
indivision successorale.
Les actes involontaires sont la vente
forcée (sur saisie) ou le remembrement de la propriété par décès de
l'usufruitier, la résolution ou l'annulation d'un droit réel par décision de
justice, ainsi que la réalisation d'une condition résolutoire.
Il est regrettable que le décret
n'écarte que la cession de droits indivis par partage successoral.
Qu'en est-il d'un partage de
communauté contenant un immeuble entre les époux ? Une modification du
régime matrimonial est un acte volontaire qui devrait donc s'accompagner de la
réalisation d'un certificat P.E.B., mais une liquidation de communauté après
divorce pour désunion irréversible ne nous semble pas un partage volontaire.
Qu'est ce qu'un bâtiment
existant ? C'est tout bâtiment résidentiel existant dont la date de
l'accusé de réception de la première demande de permis est antérieure au 1er
mai 2010.
Les
copropriétés
Le décret permet d'établir une
certification commune pour les appartements lorsque le système de chauffage est
commun.
Le décret permet aussi de procéder par
reprise des données d'un autre appartement qui est similaire.
L'arrêté du Gouvernement précise ces
principes. L'association des copropriétaires doit disposer d'un « rapport
partiel » relatif aux installations communes (chauffage, panneaux
solaires, ventilations, etc.).
Ce rapport partiel est dressé par un
certificateur agréé et doit être laissé à la disposition de tout
copropriétaire. Pour chaque appartement, le certificat P.E.B. peut être établi
en utilisant, d'une part, le rapport partiel et, d'autre part, les données
propres aux parties privatives.
Entrée
en vigueur
L'importance de l'arrêté du
Gouvernement est qu'il fixe l'entrée en vigueur de l'obligation de disposer du
certificat P.E.B. lors de la vente d'une maison unifamiliale (donc pas un appartement) au 1er
juin 2010.
Quid d'une maison mixte (familiale
et professionnelle) ? L'arrêté ne dit rien à ce propos mais à notre avis
une maison reste « unifamiliale » (pour prendre l'expression de
l'arrêté) même si une activité professionnelle s'y déploie à côté de
l'hébergement de la famille.
Pour les autres opérations (location,
usufruit, emphytéose, superficie) l'obligation de disposer du certificat P.E.B.
porte sur les opérations réalisées à dater du 1er juin 2011.
Cela concerne, rappelons-le, les
bâtiments existant.
Les autres dispositions de l'arrêté
sont entrées en vigueur le 22 décembre 2009.
Les
anciens audits énergétiques
Les anciens audits énergétiques du
logement valent certificats P.E.B. s'ils ont été réalisés avant le 1er
juin 2010, pour une durée de cinq ans à partir du rapport d'audit.
Nous ne sommes pas certains que cela
corresponde bien avec les exigences de la directive qui devait être transposée,
rappelons-le, le 4 janvier 2009.
Les
intermédiaires et conseillers
L'obligation de disposer du certificat
P.E.B. lors d'une vente ou d'une location d'un bâtiment existant pèse sur le
propriétaire.
Il n'existe pas, dans la
réglementation wallonne, d'obligation spécifique à charge des agents
immobiliers ou des notaires, comme en Région de Bruxelles-Capitale.
Ces conseillers supportent donc, en relation
avec le certificat P.E.B., l'obligation générale de conseil qui pèse sur eux.
On sait que l'article 6 de la loi
organique du notariat oblige le notaire d' « informe(r) toujours entièrement chaque partie des
droits, des obligations et des charges découlant des actes juridiques dans
lesquels elle intervient et conseille les parties en toute impartialité. »
A ce titre le notaire doit conseiller
le vendeur concernant l'obligation de disposer du certificat P.E.B.
L'agent immobilier doit pareillement
informer son client sur les aspects légaux de son intervention, selon l'article
12 du Code de déontologie.
Contrôle
du P.E.B.
Signalons encore que tout certificat
P.E.B. doit être envoyé sous forme électronique au Service public de Wallonie,
Direction générale opérationnelle Aménagement du Territoire, Logement,
Patrimoine et Energie, Département de l'Energie et du Bâtiment durable,
Direction du Bâtiment durable (ouf !). Cette administration tient une base
de données des certificats et est habilitée à les contrôler.