Bon nombre de
chefs d’entreprise ont entendu parler du « Tax Shelter », peu y recourent.
Qu’en est-il précisément ?
Cadre légal
L’article 194ter CIR 92 permet aux sociétés
résidentes en Belgique ainsi qu’aux établissements belges de sociétés
étrangères d’investir financièrement auprès de sociétés résidentes de production
audiovisuelle.
L’opération
est appelée « Tax Shelter ».
Le « Tax
Shelter » est un incitant fiscal qui vise à encourager la production d’oeuvres
audiovisuelles et cinématographiques en Belgique.
Les sommes qui
lui sont consacrées sont, moyennant le respect d’un certain nombre de
conditions dans le chef de l’investisseur et du producteur, fiscalement exonérées à concurrence de 150
%.
Les sommes
versées auprès de la société audiovisuelle le seront en exécution d’une
convention cadre, soit sous la forme d’un octroi de prêt (maximum de 40 %),
soit par l’acquisition de droits liés à la production et à l’exploitation de
l’œuvre audiovisuelle.
La convention cadre
La convention
cadre doit être souscrite entre l’investisseur et la société audiovisuelle.
Un certain
nombre de mentions sont obligatoires telles que :
1.
la dénomination et le siège social des sociétés,
le montant global des sommes affectées, l’identification et la description de
l’œuvre audiovisuelle agréée, le budget des dépenses nécessaires pour l’œuvre,
le mode de rémunération des sommes affectées, …
2.
l’engagement, pour la société de production
audiovisuelle, de réaliser, en Belgique, 150 % au moins des sommes reçues, autrement que sous forme de prêt,
dans des dépenses de production et d’exploitation de l’œuvre ;
3.
le total des sommes à verser, et qui ne peuvent
pas dépasser 50 % du budget global de l’œuvre audiovisuelle ;
4.
le total des sommes versées sous forme de prêts,
et qui ne peuvent pas dépasser 40 % des sommes affectées en exécution de la
convention cadre.
Les conditions à respecter dans le chef de
l’investisseur
Les bénéfices
immunisés doivent être comptabilisés sur un compte distinct du passif pendant
une période déterminée.
Les bénéfices
immunisés ne peuvent servir de base au calcul de rémunérations ou attributions
quelconques au cours de cette même période.
Les créances
et droits de propriété obtenus, en exécution de la convention cadre, doivent être
conservés en pleine propriété par le titulaire initial de ces droits jusqu’à la
réalisation de l’œuvre audiovisuelle pendant une période minimum de 18 mois à
partir de la signature de la convention cadre.
Les conditions à respecter dans le chef de
la société de production audiovisuelle
Le total des
investissements consentis en exonération des bénéfices imposables ne peut
dépasser 50 % du budget global des dépenses de l’œuvre audiovisuelle.
Un ratio de
150 % des sommes investies en droit de propriété doit être dépensé en faveur de
fournisseurs (soumis à l’impôt des sociétés ou à l’impôt des personnes
physiques) dans un délai de 18 mois à dater de la signature de la convention
cadre.
L’investissement
peut être financé à concurrence de 40 % maximum
à l’aide de prêts.
La société de
production ne peut avoir des arriérés auprès de l’ONSS au moment de la
conclusion de la convention cadre.
L’œuvre sur
laquelle porte le « Tax Shelter » doit être préalablement agréée par la
Communauté compétente comme œuvre audiovisuelle dite européenne.
L’ensemble de
ces obligations doivent faire l’objet de différentes attestations à obtenir a
priori (agrément européen, attestation ONSS) et a posteriori (attestation
fiscale actant le respect de la règle des 150%, attestation provenant de la
communauté compétente actant la « fin de film » et la règle des 50%)
Le montant exonéré
Le montant
maximum qui peut être exonéré est de 150 % du montant investi, limité à la
moitié des bénéfices réservés imposables de la période imposable visée par
l’exonération, avec un maximum absolu de 750.000 € par an.
L’exonération
non accordée est reportée successivement sur les bénéfices des périodes
imposables suivantes sans excéder le maximum absolu de 750.000 €.
L’exonération
est accordée jusqu’à l’exercice d’imposition qui se rapporte à la période
imposable qui précède celle au cours de laquelle la dernière des attestations a
été reçue (report maximum sur trois exercices).
Dans la
pratique l’exonération fonctionne en deux temps : d’abord, une exonération
temporaire, qui dans un second temps devient définitive une fois que l’ensemble
des conditions « a posteriori » ont été respectées.
Notons que
toutes les conditions énumérées ci-dessus doivent être respectées, sans quoi,
le bénéfice antérieurement immunisé sera considéré comme bénéfice imposable de
la période imposable.
Des intérêts
de retard sur l’impôt dû seront alors réclamés.
Calcul du rendement
Prenons le cas
d’une société dont les bénéfices réservés imposables de la période sont de plus
de 200.000 €.
Elle décide
d’investir 100.000 € auprès d’une société de production audiovisuelle.
Une convention
cadre est souscrite avec une affectation des sommes à concurrence du maximum
autorisé, soit 40.000 € sous forme de prêt et 60.000 € sous la forme de droits
liés (appelés « equity ») à l’œuvre audiovisuelle.
La convention
octroie un intérêt de 5,5 % pour le prêt pour une période de 12 mois.
La société
audiovisuelle s’engage à racheter les droits (« equity ») à 20 % de leur valeur nominale (via une option
« put »).
Dans le cas de
l’application du taux plein de société, le rendement se calcule comme suit :
l’incitant
fiscal est de 150% de 100.000 € X 33,99%, soit 50.985 € d’économie d’impôt,
retour du
capital du prêt après 12 mois : 40.000
€,
paiement des
intérêts sur le prêt : 2.200 €,
impôt sur les
intérêts perçus (taux à 33,99%) : 747,78 €,
valeur du
rachat des droits : 12.000 € (non taxable).
Donc, dans
cette hypothèse (pessimiste puisque l’on suppose ici que le film est un échec
et que l’investisseur ne récupère que 20 % de sa mise en « equity » suite à
l’option put), le décompte est quand même de :
-
100.000 + 50.985 + 40.000 + 2.200 – 747,78 + 12.000 = 4.437,22.
Le rendement
dans le cas de l’exemple est de 4,437 % net d’impôt.
Ce dernier
peut néanmoins augmenter sensiblement, en cas de succès du film, ou tout
simplement en prenant en considération l’évitement d’une majoration d’impôt
pour insuffisance de versements anticipés d’une part et la déduction pour
capital à risque d’autre part.
L’économie réalisée sur les majorations
d’impôt
L’investissement
« Tax Shelter » est réalisé en exécution de la convention cadre.
Peu importe le
moment où les fonds sont versés auprès de la société de production tant que le
versement se réalise au cours de la période de 18 mois à dater de la signature
de la convention cadre.
Il est
toutefois recommandé de ne pas dépasser une période de 15 mois afin que la
société de production audiovisuelle puisse justifier de la bonne utilisation
des sommes ainsi affectées à la production de l’œuvre dans le délai de 18 mois.
Prenons le
cas, où en exécution de la convention cadre, les sommes sont versées le 26
décembre par une société dont l’exercice fiscal se clôture le 31 décembre.
Ce faisant,
cette société fait l’économie, soit des majorations qui auraient été dues sur
l’impôt évité par le « tax shelter », soit du financement des versements
anticipés qui auraient sinon dû être effectués.
Le rendement
net d’impôt peut être majoré de plus de 1,5 %.
La déduction pour capital à risque
Le « Tax
Shelter » se concrétise, notamment, par l’enregistrement de réserves immunisées
qui augmentent à due concurrence les fonds propres et donc la déduction pour
capital à risque pour l’exercice suivant.
Le rendement
est aussi, par ce biais, majoré (pour la part équivalente à l’impôt évité et
conservé donc par la société).
Dans le cas de
l’exemple ci-dessus, le gain marginal est de 50.985 € à 4,473 % (intérêt notionnel) multiplié par le taux
d’imposition de 33,99%, soit 775 €, améliorant encore le rendement de 0,775 %.