La
Cour constitutionnelle a annulé, le 3 décembre 208, l’article 42, § 5, de la
loi du 27 avril 2007 réformant le divorce.
Un
des acquis important de la nouvelle loi est la limitation de la pension après
divorce à la durée du mariage.
Pour
les pensions accordée avant la loi, qui n’étaient pas limitées dans le temps,
la loi a prévu que ces pensions étaient elles aussi limitées à la durée du
mariage, mais à partir de l’entrée en vigueur de la loi (1er
septembre 2007).
C’est
ce système que la Cour constitutionnelle a anéanti. Pourquoi ?
La
Cour constitutionnelle a considéré que le législateur a porté atteinte de manière
discriminatoire aux attentes légitimes des personnes dont la situation avait
été arrêtée sous l’empire de la loi ancienne et qui ne pouvait être modifiée
que dans les conditions fixées par celle-ci.
La
Cour reconnaît que l’article 301, § 4, alinéa 2, nouveau du Code civil permet
au tribunal de prolonger la durée de la pension en cas de circonstances
exceptionnelles.
Mais,
relève la Cour, c’est dans le cas limité où le bénéficiaire reste, pour des
raisons indépendantes de sa volonté, dans un état de besoin, et pour couvrir ce seul état de besoin.
Or
la pension de l’ancien régime visait à assurer à l’époux bénéficiaire un train
de vie équivalent à celles dont il bénéficiait durant la vie commune.
La
Cour pose il n’est pas raisonnablement justifié d’appliquer le régime de la
limitation dans le temps aux pensions accordées, sous l'empire de l’ancienne
loi, par des décisions judiciaires devenues définitives avant l’entrée en
vigueur de la loi nouvelle.
A
la base du raisonnement se trouve l’attente légitime que l’époux bénéficiaire
puise dans une décision de justice.
Le
premier moyen soulevé par les demanderesses (des associations féminines),
reposait sur les attentes légitimes qu’une épouse pouvait trouver, en se
mariant sous un régime légal, dans cette loi qui lui assurait une pension en
principe non limité.
Ce
moyen a été rejeté par la Cour. Elle oppose que le mariage ne fait pas naître
pour les personnes qui se marient l’espoir légitime que la réglementation
légale en matière de divorce continuera à leur être appliquée.
En
revanche, une décision de justice accordant une pension après divorce, en
appliquant la loi en vigueur, fait naître une attente légitime que ce jugement
ne soit pas modifiée par une nouvelle loi.
Tout
cela paraît logique, ou du moins équitable. En réalité, il n’en est rien.
L’article
42 § 5 visait justement à éviter une discrimination pire encore.
La
personne mariée depuis 5 ans et divorcée juste avant le 1er
septembre 2007 doit payer une pension en principe toute sa vie, alors que celle
qui divorce juste après ne paiera jamais que durant cinq ans.
Dans
sa sagesse, le législateur a estimé que si la durée des pensions devait être
limitée, c’était pour tout le monde.
Et
pour ne pas léser les attentes prévisibles, la pension de l’ancien régime ne
sera limitée qu’à dater de l’entrée en vigueur de la loi nouvelle et non à
dater de l’obtention de cette pension.
Le
système choisi par le législateur était le seul qui puisse assurer une
véritable égalité de traitement. La Cour constitutionnelle n’y a manifestement
rien compris, se braquant sur l’intangibilité des décisions de justice.
Mais
il y a plus grave. Si on recule de trois pas pour apprécier globalement la
nouvelle loi sur le divorce, on ne peut qu’être frappé par la conception
moderne et égalitaire du statut des époux qui traverse la loi.
Les
associations féminines ont critiqué la loi, au parlement et devant la Cour
constitutionnelle, sans désemparer, sur base d’une conception inégalitaire des
époux.
La
femme, disent-elles, fait souvent le choix en se mariant, de mettre en
veilleuse sa capacité professionnelle pour élever les enfants et tenir le
ménage. C’est pourquoi, le divorce venu, elle doit continuer à bénéficier du
même train de vie que durant la vie commune.
Cette
conception inégalitaire appartient au passé. Les femmes sont responsables de
leur choix, elles travaillent et sont éduquées, elles sont capables de se
reconvertir et elles savent exiger que les deux parents partagent équitablement
les sacrifices exigés par l’arrivée des enfants.
C’est
cette conception, profondément moderne et égalitaire, que met en œuvre la loi
nouvelle qui était chère à une femme, Laurette Onkelinx (même si, sans machisme
aucun, c’est la seule bonne loi que nous lui devons…).
L’annulation
de l’article 45 § 5 de la loi vient détruire le subtil équilibre qui fait la
qualité de cette loi.
Mais
la Cour constitutionnelle n’en a cure, regardant par la lorgnette chaque
disposition confrontée séparément au principe de non discrimination.
Qu’on
se le dise : il y a en Belgique deux législateurs. Le parlement qui est
l’émanation de la nation et la Cour constitutionnelle qui ne représente
qu’elle-même.
Le
premier fait les lois et la seconde les défait en annulant certaines dispositions,
mettant ainsi en péril la cohérence de l’ensemble. C’est souvent regrettable et
cela appelle une réflexion sur le rôle de la Cour.
Arrêt
n° 172/2008 du 3 décembre 2008, www.const-court.be.
Divorce : un arrêt fâcheux de la Cour constitutionnelle
8 février 2009
Félicitation pour votre article sur cette fiscalité qui est très complexe à comprendre. Vous m’avez clarifier certains point encore litigieux.
expert fiscalité Chems Bega
Divorce : un arrêt fâcheux de la Cour constitutionnelle
13 février 2009, par CHantal
Avec ça moi je ne sais toujours pas sous quelle loi je tomberai quand je divorcerai. mariée en mars 2005, bientôt en procédure de divorce si je lis bien "La Loi réformant le divorce de 2007 créeait une discrimination en traitant de façon identique deux catagories de personnes fondalementalement différentes . Les couples qui se sont mariés avant l’instauration de la loi et ceux qui l’ont fait après, en connaissant les nouvelles dispositions légales". Déjà qu’on ne peut plus divorcé aux torts de l’autre qui vous trompe allégèrement alors qu’il a fait voeu de fidélité en se marriant, franchement, pourquoi on ne suprime carrément pas le mariage qui est une loterie ? Franhcement merci à la femme traitre qui a voulu ce changement. Sur qu’elle devait en avoir marre de payer une pension à son ex mari !