La
SPRL l’Ecusson Doré exploite un café. Elle est déclarée en faillite.
Les
trois demandeurs en cassation se sont portés caution de la société faillie en
faveur du bailleur, la Brasserie Alken Maes.
Le
juge de paix puis le tribunal de première instance de Namur condamne ces
cautions à payer 21.518,17 € à ce titre.
Pourquoi
ce montant ?
Parce
qu’il s’agit de la créance déclarée et admise à titre définitif au passif
privilégié de la faillite.
Et
l’admission est irrévocable, dit le tribunal.
« Les créances sont à l’abri
de toutes contestations ultérieures. Seuls le dol ou la fraude du produisant,
la violation de règles d'ordre public ou la force majeure ayant empêché la
manifestation de la vérité permettent de faire échec à l'irrévocabilité de
l'admission, » ajoute le tribunal.
Le
tribunal s’est donc considéré tenu par l’admission de la créance du bailleur et
il avait rejeté toute contestation des cautions.
Mais
la caution peut opposer au créancier les exceptions inhérentes à la dette (art.
2036 du Code civil).
Par
exemple une exception relative au montant des loyers ou à l’impartialité de l’expert
désigné pour apprécier le montant du loyer de l’immeuble.
Ce
sont des exceptions qui peuvent être opposées par la caution du locataire, et
les demandeurs ne s’en privaient pas.
Mais,
sur base du principe de l’irrévocabilité de l’admission de la créance, le
tribunal rejette ces exceptions
Les
cautions forment un pourvoi.
Elles
se basent sur le fait que l’irrévocabilité de l’admission de la créance ne lie
que les créanciers, dans leur rapport à participer à la distribution.
La
Cour de cassation donne raison aux cautions, en ces termes :
« L’admission d’une
créance au passif de la faillite, sans réserve ni contredit manifesté dans le
délai imparti, constitue, en principe,
un acte juridique irrévocable faisant obstacle à ce que la créance admise
puisse encore être contestée.
Cette règle, dont la finalité
est de permettre le règlement collectif de la masse des créances dans les
meilleures conditions de célérité et de sécurité, ne prive cependant pas la
caution, qui n'a pas été partie à l’admission, du droit de contester le montant
de la créance. »
Attention :
toute autre serait la situation si les cautions avaient produit à titre
conservatoire au passif de la faillite.
Elles
peuvent le faire, avant même d’avoir payé (art. 2032, 2° du Code civil).
L’irrévocabilité de l’admission de créance ne lie que les créanciers
21 novembre 2008, par CARNOY, Gilles
Voyez aussi notre article L’irrévocabilité de l’admission de créance est limitée à ce qui est admis.