Introduction
Un
arrêt de la Cour de cassation du 30 mars 2008 (rôle n° F.07.0016.N) apporte des précisions utiles en matière de motivation
de la contrainte TVA.
La
contrainte est le titre de l’administration, qui fait la créance sur le
redevable.
La contrainte n’est décernée qu’en cas
de non paiement ou en cas de litige.
L’assujetti paie sa dette selon ses
déclarations et, si un désaccord survient, l’administration établit un
procès-verbal de régularisation et décerne contrainte.
La contrainte est visée et rendue exécutoire
par le Directeur régional de la TVA.
La contrainte est notifiée par pli
recommandé ou signifiée par huissier.
Cette notification ou cette
signification a pour effet :
-
D’interrompre le délai de prescription pour le recouvrement,
-
De permettre l’inscription de l’hypothèque légale,
-
D’ouvrir le droit à opposition à contrainte (pas de délai),
-
De faire courir les intérêts moratoires (9,6 % l’an),
-
D’ouvrir le droit du receveur de procéder, notamment, à saisie-arrêt exécution
entre les mains d’un tiers, par pli recommandé (voir infra).
L’article 89, alinéa 1er, CTVA
précise que sous réserve, justement, de cette saisie-arrêt par pli recommandé,
l’exécution de la contrainte a lieu comme prévu au Code judiciaire au titre
relatif à l’exécution forcée.
L’exécution de la contrainte est interrompue
par une action en justice devant le tribunal de première instance.
L’article 89bis CTVA précise qu’en ce cas, la dette fiscale contestée, peut
faire l’objet pour le tout, sur la base de la contrainte, de mesures conservatoires.
Le caractère suspensif de la
contestation en justice est relatif : en cas d’appel du jugement qui a
rejeté l'action en justice de l’assujetti, le receveur de la TVA peut notifier
une demande de consignation de tout ou partie des sommes dues (art. 92 CTVA).
Cette demande doit être fondée « eu égard aux données concrètes du
dossier, en ce compris la situation financière du débiteur ».
L’assujetti peut contester cette
demande dans les deux mois devant la Cour d’appel saisie du recours contre le
jugement. S’il ne le fait pas, la Cour d’appel doit déclarer le recours au fond
irrecevable.
La motivation de la
contrainte
Voyons
à présent ce que dit l’arrêt de la Cour de cassation sur la motivation de
la contrainte.
Tout
d’abord que la contrainte TVA est un acte administratif auquel s’applique la
loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes
administratifs.
La
motivation de la contrainte doit être adéquate (afdoende).
C’est le terme utilisé par l’article 3 de la loi du 29 juillet 1991.
Cela
a pour conséquence que si la contrainte n’est pas motivée, sa nullité peut être
poursuivie (C.E., 1er février 1989, J.L.M.B., 1989, p. 555).
L’administration
doit indiquer les considérations de droit et de fait servant de fondement à la
dette d’impôt pour laquelle la contrainte a été décernée.
Mais,
pose la Cour de cassation, les éléments factuels de l’enquête administrative
révélant de quelle manière l’administration a pris connaissance du fait
imposable, et donc des moyens de preuve de m’administration, n’entrent pas dans
le cadre de l’obligation de motivation de l’administration.
Ces éléments relèvent plutôt du domaine des
moyens de preuve de l’administration, et ne constituent
pas les moyens de fait et de droit qui fondent la dette d’impôt du redevable.
La
Cour ajoute que la loi sur la motivation formelle des actes administratifs
n’empêche pas l’administration invoque de nouveaux moyens factuels ou
juridiques fondant ce qui est mentionné dans la contrainte, et concernant la
même dette d’impôt.
Etant
le titre de la dette d’impôt, la contrainte doit préciser le fait imposable, le
montant et la qualité du débiteur.
Il faut, ajoute la Cour de
cassation, que le P.V. qui est l’annexe à laquelle la contrainte se réfère,
soit signifié en même temps.
La raison en est que le redevable doit pouvoir
se rendre compte de l’objet et de la cause de la créance
de l’administration.
Mais il n’existe aucune disposition légale qui
impose que les pièces auxquelles il est fait référence
dans le P.V., soient aussi signifiées
avec la contrainte.
Rapprochons
cet arrêt d’une autre décision de la Cour de cassation, prononcée le 20 mars 2008.
Dans
cet arrêt la Cour de cassation applique pareillement le devoir de motivation en
matière de contrainte en matière de droit de succession.
La
Cour insiste sur le fait que le devoir de motivation doit s’apprécier
« dans le contexte fiscal concret dans lequel la contrainte est
décernée. »
Dans
cet arrêt également, la Cour circonscrit le devoir de motivation à ce qui est
nécessaire pour apprécier la portée et la nature de la taxation, sans que
l’administration ne doive aussi s’expliquer, par exemple, sur la notion
d’habitant du Royaume.
Voyons à présent les attendus de la Cour de
cassation, dans la langue de l’arrêt :
“1. Inzake belasting over de toegevoegde waarde is het dwangbevel een
bestuurshandeling waarop de wet motivering bestuurshandelingen van toepassing
is, zodat het bestuur de juridische en feitelijke overwegingen moet vermelden
die ten grondslag liggen aan de belastingschuld waarvoor het dwangbevel werd
uitgevaardigd.
2. De motivering moet "afdoende" zijn. Zulks impliceert dat de
beslissing voldoende door de motivering moet worden gedragen.
3. In het raam van de belasting over de toegevoegde waarde is het
dwangbevel enerzijds een taxatietitel waarin de belastingschuld geconcretiseerd
wordt bij gebrek aan spontane en onvoorwaardelijke betaling van de
verschuldigde belasting en anderzijds een akte die geldt als uitvoerbare titel
met het oog op de invordering van die belastingschuld.
Dat het dwangbevel de belastingschuld concretiseert, impliceert dat het
belastbare feit, het bedrag en de hoedanigheid van de schuldenaar duidelijk
worden gemaakt.
4. De feitelijke gegevens van het administratief onderzoek waaruit
blijkt op welke wijze het bestuur in kennis werd gesteld van het belastbare
feit en zodus over welke bewijsmiddelen het beschikt, behoren niet tot het
gebied van de motivering van het dwangbevel, zijnde de juridische en feitelijke
overwegingen die ten grondslag liggen aan de belastingschuld, maar tot de
bewijsvoering van de fiscale schuld.
De wet motivering bestuurshandelingen noch enige andere wettelijke
bepaling staan eraan in de weg dat na het opstellen van een dwangbevel met
betrekking tot een bepaalde belastingschuld, het bestuur nieuwe juridische
argumenten en feitelijke gegevens aanvoert. Die argumenten en gegevens kunnen
worden aangevoerd ter ondersteuning van hetgeen in het dwangbevel reeds is
vastgesteld en vermeld met betrekking tot diezelfde belastingschuld.
5. Het is noodzakelijk dat het proces-verbaal, als bijlage waarnaar het
dwangbevel verwijst, mee betekend wordt om de belastingplichtige in de
mogelijkheid te stellen zich rekenschap te geven van het voorwerp en de oorzaak
van de vordering van de administratie. Geen enkele wettelijke bepaling voorziet
evenwel dat de stukken waarnaar in het proces-verbaal wordt verwezen, mee
moeten betekend worden met het dwangbevel.
6. Het middel dat ervan uitgaat dat het dwangbevel van 17 oktober 1996 onvoldoende
gemotiveerd is doordat het proces-verbaal van 5 april 1996, waarnaar het bij
het dwangbevel gevoegde proces-verbaal van 15 oktober 1996 verwijst, niet aan
het dwangbevel werd gehecht en dat ervan uitgaat dat het proces-verbaal van 15
oktober 1996 niet kan worden aangevuld met andere bewijselementen, kan, in
zoverre het de schending van de artikelen 2 en 3 van de wet motivering
bestuurshandelingen aanvoert, niet worden aangenomen.
7. In zoverre het middel de schending van artikel 59 van het BTW-Wetboek
aanvoert, is het niet ontvankelijk wegens onduidelijkheid vermits het niet
preciseert hoe en waardoor het arrest deze bepaling schendt.”
Cass., 30 mars 2008, rôle n° F.07.0016.N, www.juridat.be.