Dans un arrêt du 12 juillet 2005 (n° 1159), la
Cour de Cassation française a précisé la théorie des infrastructures
essentielles (Aff. Nouvelles Messageries / Société
Messageries Lyonnaises de Presse).
Nous pensons utile d’évoque cette jurisprudence
française car cette théorie est intéressante.
Il s’agit ici d’une application des tempéraments
aux droits exclusifs de l’auteur via l’abus de position dominante.
Une Société N. a conçu un logiciel destiné au
suivi de la distribution de la presse.
Certaines fonctionnalités de ce logiciel ont été
utilisées par les trois sociétés de messageries existantes sur le marché
français.
Les dépositaires de journaux pouvaient utiliser le
logiciel pour les principales fonctions de leurs missions (réception des
produits, reprise des invendus et comptabilisation des opérations).
Les Messagerie de la presse avaient aussi développé
leur propre système informatique pour leur gestion.
Vu la coexistence des deux système, il y avait
donc nécessité de ressaisir les données d’un logiciel vers l’autre et
inversement.
Cela était réalisé de façon manuelle puis copié
par disquette. Ce n’était donc pas très rationnel.
Les Messageries ont donc demandé un accès direct entre
leur système et le logiciel de la société N. Celle-ci refuse.
Les Messageries ont donc saisi le Conseil de la
Concurrence et sollicité des mesures conservatoires pour abus de position
dominante.
Le Conseil de la Concurrence, par décision du 22
décembre 2003, a enjoint à N. d’accorder aux Messageries l’accès direct dans
des conditions économiques équitables.
La Cour d’Appel de Paris a confirmé ces mesures
conservatoires.
La raison est que le logiciel constitue pour la
distribution de la presse au numéro une infrastructure
essentielle dont la reproduction dans des conditions économiques
raisonnables n’était pas envisageable.
La Cour d’Appel de Paris a considéré que les
solutions alternatives disponibles étaient « irréalistes » au regard des particularités
sur le plan concurrentiel du secteur considéré.
La théorie des infrastructures essentielles permet de contraindre un
opérateur économique à laisser accéder à un ou plusieurs de ses concurrents à
une ressource qu’il détient, permettant le libre jeu de la concurrence.
L’application de cette théorie nécessite de
démontrer que l’accès à l’infrastructure est strictement nécessaire ou
indispensable pour exercer une activité concurrente, et que cette
infrastructure ne peut être reproduite dans des conditions économiques
raisonnables par les concurrents de l’entreprise qui la gère.
La Cour de Cassation a, dans son arrêt du 12
juillet 2005, cassé l’arrêt de la Cour d’Appel de Paris.
La Cour de cassation considère que les juges du
fond n’avaient pas constaté que le tronc commun du logiciel N. était
indispensable à l’exercice de l’activité des Messageries, et qu’il n’avaient pas
établi que des solutions alternatives économiquement raisonnables,
fussent-elles moins avantageuses, n’auraient pu être mises en œuvre par les
Messageries.
En effet, celles-ci avaient admis la possibilité
de concevoir un logiciel, matériellement et financièrement, équivalent à celui
des N.
L’arrêt de la Cour de Cassation effectue une
interprétation plus stricte des critères de qualifications de l’infrastructure
essentielle que le Conseil de la Concurrence et la Cour d’Appel de Paris.